100 ans de droits de l’enfant: ce n’est qu’un début!

Loading

Il n’aura pas échappé aux aficionados des droits de l’enfant que ceux-ci célèbrent cet automne leur 100ème anniversaire, la Déclaration des droits de l’Enfant, également appelée Déclaration de Genève, ayant été adoptée par la Société des Nations le 26 septembre 1924. Porté par Eglantyne Jebb, ce texte, loin d’être parfait, marque la prise de conscience par la communauté internationale de la nécessité de protéger les enfants en tant que groupe social. Bien qu’elle n’énonce pas formellement de droits, ni même ne définisse ce qu’est « un enfant », la Déclaration pose les premières bases sur lesquelles viendront s’appuyer la Déclaration des droits de l’enfant des Nations Unies de 1959, puis la Convention relative aux Droits de l’Enfant de 1989.

Ce centenaire est évidemment très symbolique, puisqu’il aura fallu 65 ans pour passer d’une déclaration non contraignante à une convention ayant force de loi, et qu’il a fallu 8 ans encore pour que la Suisse la ratifie (1997).

En Suisse précisément, le Conseiller Fédéral Beat Jens s’est exprimé sur le thème «Les enfants seront-ils un jour des citoyens», dans le cadre d’une journée de commémoration organisée par le Ville et l’Université de Genève. Dans son discours, le Conseiller Fédéral a, comme il se doit, énuméré les dossiers dans lesquels des progrès ont été enregistrés, comme l’amélioration de l’accompagnement des enfants migrants. Je ne peux toutefois m’empêcher de constater que les autres exemples présentés ont tous eu le privilège de passer sous les feux de ma critique constructive : inscription de principe d’une éducation sans violence dans le Code civil, nouvelle loi pour mieux protéger les mineurs face aux contenus de films et de jeux vidéo, droit de vote dès 16 ans. Ces thématiques ont certes bénéficié de certains progrès, mais les reproches que je leur oppose illustrent essentiellement le fait qu’au moment décisif du vote parlementaire, le consensus tend toujours plus vers un conservatisme latent que vers de réels progrès. Et c’est bien là que le travail de conviction de la nécessité des droits de l’enfant demeure nécessaire. Dans les parlements, tout comme dans la société en Suisse ou ailleurs, la compréhension réelle du sens des droits de l’enfant demeure insuffisante, bloquée par des lieux communs (l’enfant roi), des enjeux de pouvoirs (obéissance aux adultes) et une pensée encore incapable d’imaginer un monde où les enfants seraient traités en égal.

Le discours de Monsieur Jens a toutefois laissé une fenêtre ouverte, en partageant une anecdote personnelle : « Lorsque mes filles avaient 9 et 7 ans, elles ont même pu voter une fois. À l’époque, le Canton permettait aux habitants de décider s’ils voulaient transformer leur rue en zone de rencontres. Chaque résident avait autant de droits de vote que de membres dans la famille. Nous en avions discuté à table. Mes filles n’étaient pas seulement enthousiastes à l’idée de pouvoir jouer à l’avenir dans la rue, mais aussi de savoir que leur opinion comptait. Grâce aux voix des enfants, nous avions obtenu la majorité nécessaire. Mes filles ont ainsi pu découvrir très tôt que la démocratie est un moyen de construire son avenir. Plus tard, elles ont beaucoup joué dans la rue. Sans doute parce qu’elles savaient qu’elles avaient contribué à la transformer ». Cet exemple vaut mille discours : lorsque les enfants s’expriment et que leur avis est pris en considération, le monde change… à commencer par en-bas de chez soi.

Source illustration: site de la Ville de Genève