Le Cartorama des droits de l’enfant: un nouvel outil pédagogique pour parler de leurs droits avec les enfants

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L’Association pour le Dictionnaire des droits de l’enfant (www.adide.ch), auteure du Dictionnaire de droits de l’enfant paru en 2019, a réfléchi à la meilleure manière de parler des droits de l’enfant avec les principaux concernés, en rendant plus accessibles les termes et les concepts développés dans le dictionnaire. Après bien des tâtonnements et un long travail de conception, elle est heureuse de proposer cet automne son « Cartorama des droits de l’enfant ». Ce projet s’inscrit dans le cadre des célébrations du 100ème anniversaire de la Déclaration des droits de l’enfant, dite « Déclaration de Genève », l’ADIDE souhaitant marquer cet évènement en encourageant toutes personnes et institutions intéressées à aborder les droits de l’enfant avec les enfants à en parler avec eux, en débattre et s’écouter mutuellement. Le Cartorama se présente sous la forme d’une boîte (42cm x 27cm) qui contient « Les puzzles des droits de l’enfant » et « Les mots des droits de l’enfant », deux jeux indépendants assortis d’une brochure documentée, à l’intention des enfants dès 7 ans. Chacun des 17 puzzles est dédié à un thème central relatif aux droits de l’enfant, lui-même accompagné de 4 cartes. L’aspect concret des droits est amené par la recherche et l’assemblage des pièces assorties, par le jeu, tactile et visuel, laissant à chacune et à chacun l’initiative d’agencer les cartes et, pourquoi pas, de proposer de nouvelles combinaisons. Les puzzles sont destinés aux enfants dès l’âge de 7 ans, avec l’accompagnement d’un adulte (enseignant.e.s., éducatrices, éducateurs, parents). Ils sont complétés par quelques thèmes additionnels, pour des enfants dès l’âge de 9 ans.  ·         « Les mots des droits de l’enfant » © Les Mots des droits de l’enfant sont constitués d’un assortiment de 48 cartes qui définissent des vocables simples (eau potable), semi-complexes (sans-abri) et complexes (protection des données). Pour faciliter la lecture et la mémorisation, les termes essentiels sont mis en évidence. L’objectif est d’encourager les enfants à dialoguer, car tout le monde n’a pas forcément la même idée ou la même conception de ce que sont l’égalité ou l’obéissance, par exemple.    ·         La brochure documentée Elle guide l’enseignant.e, l’animateur ou l’animatrice dans l’accompagnement des enfants en informant sur la manière de « jouer », et sur le contenu des différents droits. En 48 pages, elle décrit les liens qui existent entre les divers droits, et donne la possibilité d’élargir la discussion et de créer des assemblages nouveaux. Une version résumée de la Convention relative aux droits de l’enfant est reproduite en fin de document. On l’aura compris : bien que l’objet se présente sous forme de jeux, son utilisation demande la participation d’un adulte (ou d’un.e adolescent.e) qui puisse guider les enfants dans leurs échanges et leurs questionnements. Conformément aux buts de l’association ADIDE, le Cartorama doit être accessible au plus grand nombre d’enfants, c’est pourquoi l’ADIDE souhaite l’offrir à toute personne et institution qui s’engage à l’utiliser avec les enfants. Produit grâce au soutien de donateurs, son coût de fabrication est de CHF 145.-. Le prix de vente est fixé à CHF 45.- et lorsque cela est possible, l’ADIDE remercie les personnes et institutions intéressées de s’acquitter de ce prix, ou de verser une contribution aux frais de production. Les frais d’envoi sont facturés (CHF 10.- /unité) dans tous les cas. Pour passer commande : commande.adide@gmail.com   Pour toute information : contact@adide.ch et www.adide.ch

« La Mif », la claque

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A l’affiche depuis quelque temps dans le cinéma romand, « La Mif », du cinéaste Fred Baillif, raconte la vie d’un groupe d’adolescentes accueillies dans un foyer genevois. Comme pour ajouter aux tensions inévitables liées au placement et à ses contraintes, un évènement vient mettre à mal non seulement l’équilibre des jeunes filles, mais également celui de la structure éducative, jusqu’à sa direction. Ce film, déjà primé plusieurs fois, présente une vision très réaliste, parfois même assez dure, de la vie dans un foyer, et du travail social avec des adolescents qui traversent des crises multiples. Sa force repose sur un choix narratif discontinu particulièrement bien pensé, mais surtout sur le choix des actrices. Les adolescentes sont extrêmement touchantes dans la manière simple et juste d’interpréter leur personnage. Les éducs, plus en retrait, font tenir la baraque sur le front du quotidien. La directrice doit quant à elle faire en sorte que son navire avance, malgré les pressions de son conseil de fondation et un drame personnel. C’est Claudia Grob qui porte ce rôle, elle-même ancienne directrice de foyer d’accueil. Pour celles et ceux qui la connaissent, Claudia est dans ce film (presque) comme elle est dans la vie ; elle est cette directrice, à l’écran comme dans sa vie professionnelle. Ce mélange des genres met ainsi le spectateur dans une position totalement inédite, où la sincérité des scènes oblige souvent à se rappeler qu’il s’agit d’une fiction. Fred Baillif a travaillé comme éducateur, et cela se sent. Au-delà de sa réussite artistique, « La Mif » offre une portée pédagogique, presque documentaire, passionnante pour qui s’intéresse aux enjeux et aux défis liés à la protection de l’enfance. Les questions soulevées entre les lignes touchent des aspects fondamentaux du travail social : les interdits, la distance émotionnelle, la place des parents, le cadre institutionnel, les valeurs personnelles, etc. Autant « Ma vie de courgette » a su montrer le désarroi des petits, autant « La Mif » projette, à leur échelle, celui des plus grands. Après les cinéphiles, il est à espérer que le monde de l’enseignement et celui du travail social s’approprieront cette œuvre originale pour inspirer les réflexions toujours nécessaires autour de l’accompagnement des mineurs. Présentation et reportage Photo : affiche du film

Déplacements forcés

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A l’heure des introspections historiques sur les dérives passées du « travail social », la bande dessinée « Piments Zoizos – Les enfants oubliés de la Réunion » de l’auteur Téhem retrace l’histoire de Jean et Madeleine, arrachés à leur mère par les services sociaux qui leur promettent une vie meilleure en métropole et une bonne éducation. On y suit également Lucien, un jeune fonctionnaire fraîchement affecté à La Réunion, en charge de superviser le transfert de « pupilles de l’État » vers l’Hexagone. Cet ouvrage revient sur l’histoire de celles et ceux qui sont aujourd’hui regroupés sous la dénomination « Les enfants de la Creuse ». Dans les années 1960, le Gouvernement Français s’inquiète de questions démographiques : d’un côté, ses campagnes souffrent de l’exode rural, de l’autre, sur l’île de la Réunion, la population augmente, et avec elle une frange de la société pour laquelle les perspectives d’éducation et d’emploi sont quasi inexistantes. Pour tenter de remédier au problème, les autorités, à l’initiative de Michel Debré alors député de la Réunion, lancent un projet visant à faire venir en France de jeunes réunionnais afin qu’ils soient accueillis, voire adoptés, par des familles françaises, et qu’ils puissent se former et s’intégrer dans la société. Mais comme toujours, après les bonnes intentions, le système administratif et social de l’époque ne fera guère dans le détail, déplaçant des enfants sans leur en expliquer la raison, séparant les fratries, les confiant à des familles parfois plus intéressées par une main d’œuvre gratuite que par leur bien-être. Plus de 2000 enfants ont été concernés par ces « transferts ». Certains, devenus adultes, ont agi en justice et accusé l’Etat français de déportation. Une commission de recherche a été mise sur pied et a rendu un rapport. L’Assemblée nationale a adopté le 18 février 2014 une résolution reconnaissant la « responsabilité morale » de l’État français, excluant toutefois une réparation financière. Une fois de plus, d’anciennes pratiques, alors perçues comme bénéfiques pour l’enfant, se révèlent avoir été délétères pour la plupart d’entre eux. Elles conduisent ici aussi à une légitime demande de reconnaissance et de réparation, tout comme l’ont été les placements forcés en Suisse et comme l’est actuellement l’adoption internationale. Pour revenir à la bande-dessinée, « Piment Zoizos » offre un récit sensible qui adopte à la fois le point de vue de l’enfant et celui de l’adulte « responsable » du placement. L’ouvrage est richement documenté grâce au concours de l’historien Gilles Gauvin, et propose des petites fiches pédagogiques qui remettent en perspectives les évènements de l’époque. Photo : capture écran couverture BD

L’art et l’enfant

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Promouvoir, diffuser, expliquer : la concrétisation des droits de l’enfant constitue un défi complexe et passionnant qui demande souvent de faire preuve de créativité. Sortir de la norme juridique internationale un peu sèche pour faire vivre ces droits et les rendre tangibles peut passer par toutes sortes de chemins de traverse, du moment qu’ils convergent vers un changement de regard sur l’enfant et ses droits. Passer par les yeux est d’ailleurs un medium très efficace : cinéma, bande-dessinée, livres pour enfants offrent une palette inépuisable de supports pour susciter la réflexion. Toujours à la recherche d’idées inédites pour nourrir mes interventions, j’ai été heureux de tomber récemment sur un très beau livre, en français et en anglais, intitulé « L’art et l’enfant », exposé dans la devanture d’une librairie lausannoise. Ce bel ouvrage, publié à l’occasion de l’exposition du même nom qui s’était tenue au musée Marmottan à Paris en 2016 « retrace l’évolution du statut de l’enfant du XVe au XXe siècle et s’interroge sur le rôle du dessin enfantin sur les avant-gardes du début du siècle passé ». A travers les représentations de l’enfant dans la peinture française du Moyen Age au début du XXème siècle, l’ouvrage propose une vision originale de la place de l’enfant dans la société : d’abord cantonnées aux enfants « exceptionnels » (divin, princier), les œuvres picturales suivent l’évolution sociale, et placent peu à peu l’enfant au sein de la famille, nouveau noyau désormais préservé. La révolution industrielle apporte avec elle une conscientisation des questions liées au travail des enfants et à la misère populaire, préoccupations partagées par certains artistes. S’en suivent au XXème siècle les mouvements émancipatoires qui revendiquent la place et la protection auxquelles l’enfant à droit. L’ouvrage se conclu sur le surréalisme qui prônait un retour à « l’enfance de l’art », pour nourrir une créativité plus spontanée. Cette lecture historique et artistique des droits de l’enfant n’est certes pas unique en son genre : en 2016, Jacques Fierens avait gratifié le colloque de Morat d’une présentation intitulée « Les arts plastiques et la parole de l’enfant » qui avait conquis son public. Le musée d’art et d’histoire à Genève a également monté l’exposition « L’enfant dans l’art suisse : d’Agasse à Hodler » qui s’est terminée en janvier dernier. A défaut de se rendre dans les musées, ARTE a réalisé un très beau documentaire basé sur l’exposition du musée Marmottan, librement disponible. Le site L’histoire par l’image reprend également certaines œuvres et en propose des analyses pointues. Une fois encore, la mise en perspective historique, mais sublimée ici par l’apport artistique, offre une vision de la place de l’enfant qui éclaire notre époque et nos pratiques, par une sorte de miroir qui ferait abstraction du temps. Photo : capture écran couverture du livre L’art et l’enfant

Les enfants invisibles

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Dans le cadre de mes recherches liées à la place de l’enfant dans la société, j’avais vu passé sur les réseaux sociaux, il y a déjà longtemps, un reportage italien consacré aux enfants de travailleurs saisonniers en Suisse dans les années 60 – 70. Cette publication rappelait qu’à l’époque, la Suisse acceptait certes d’accueillir la main d’œuvre étrangère, mais lui refusait le droit de s’installer, et encore moins de venir en Suisse avec femme et enfant(s). Des familles ont toutefois bravé cet interdit, en faisant d’abord entrer leur enfant de manière clandestine sur le territoire, puis en le maintenant caché, sans contact avec l’extérieur, afin d’éviter une dénonciation ou un contrôle de la police des étrangers qui conduirait à une expulsion. Cette politique s’inscrit dans le contexte social de l’époque, illustré par l’initiative Schwartzenbach qui voulait limiter le nombre de travailleurs étrangers en Suisse. Si le projet sera finalement refusé, il marquera néanmoins durablement la politique migratoire fédérale. Pour revenir au sort de ces « enfants du placard », on trouve quelques marques d’intérêt pour ce thème, par exemple lors d’une exposition menée par le syndicat UNIA en 2014. Il fait actuellement l’objet d’une étude à l’université de Neuchâtel et la RTS lui a consacré une émission de Temps Présent en novembre 2019. Mais c’est la récente publication du livre de Vincenzo Todisco, intitulé « L’enfant lézard » (éditions ZOE) qui donne à chacun l’occasion de plonger dans l’univers effrayant de l’un de ces enfants. Suite au décès de la grand-mère auprès de qui il vivait, l’enfant est amené en Suisse, ses deux parents travaillant dans le but de pouvoir, un jour, construire leur maison en Italie. Laissé le plus souvent seul dans l’appartement, l’enfant, dont on ne connait pas le nom, écoute les bruits dans l’immeuble, compte les pas nécessaires à la traversée de chaque pièce, et se cache dans le placard si quelqu’un visite ses parents. Sa capacité à se faufiler en toute discrétion lui vaut le surnom de lézard. Au fil des années, il s’enhardit, sort de l’appartement, se glisse chez les voisins en leur absence, explore les moindres recoins de son immeuble. Il finit par faire quelques rencontres, heureusement bienveillantes, qui atténuent un tant soit peu « l’ensauvagement » qui se développe en lui. Piégés dans leur rêve inaccessible, ses parents font le constat désespéré de ce qu’ils imposent à leur fils, en souffrent et sombrent eux aussi peu à peu. Dans un style simple et pudique, l’auteur place le lecteur dans un rôle d’observateur, presque de spectateur, mal à l’aise à l’idée que certains de ces gamins ont pu vivre dans l’immeuble d’en face. On ne peut ensuite s’empêcher de réfléchir à notre société actuelle, dans laquelle les enfants migrants qui viennent de plus loin, restent souvent, eux aussi, sans papiers ni droit d’exister.

Kidnapping: une série bien enlevée

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Enlèvements d’enfants, adoption internationale, procréation médicalement assistée, mères porteuses, la série danoise « Kidnapping » (DNA dans son titre original) résonnait suffisamment avec mon parcours professionnel pour que j’enfile illico mon costume d’expert… de canapé. Cette série en huit épisodes, signée Torleif Hoppe, co-créateur de « The Killing », débute par une enquête policière portant sur la disparition d’une petite fille de 11 mois. Alors que les investigations s’orientent rapidement vers le père de la fillette, réfugié iranien débouté dans sa demande d’asile, un évènement catastrophique vient bouleverser la vie de l’inspecteur Rolf Larsen en charge de l’enquête. Dès le deuxième épisode, la narration fait un bon de 5 ans en avant, la suite de la série devant permettre à l’inspecteur Larsen de découvrir ce qui s’est réellement passé au moment de l’enlèvement, puis au cours de ces années. Au fur et à mesure que l’histoire progresse, le scénario met subtilement en avant des thèmes de société liés à la filiation : on l’a dit, le premier suspect est un réfugié iranien, caricature du père kidnappeur. Plus tard, l’enquête croise à Paris un couple homosexuel qui a « adopté » un petit garçon en ayant eu recours à une mère porteuse (alors que cela est interdit en France). « On savait qu’on n’était pas vraiment dans les clous avec cette procédure » reconnaît l’un des partenaires. Un autre couple devra avouer avoir refusé l’enfant qui lui était proposé, madame n’ayant pu s’y attacher, le teint de peau de l’enfant étant trop différent du sien. Mais à mes yeux, la réplique qui m’a le plus touchée est celle d’une responsable d’un foyer d’accueil polonais pour mères célibataires, qui déclare à l’inspecteur Larsen : « Nous respectons scrupuleusement les standards de la Convention de La Haye sur l’adoption ». Au-delà du fait que c’est probablement la première fois que la Convention de La Haye relative à l’adoption est explicitement mentionnée dans une série télé (ce qui tendrait à démontrer la « normalité » de cette procédure »), cette réflexion m’a replongé dans les missions d’évaluation des systèmes gouvernant l’adoption internationale que j’ai menées dans différents pays d’origine avec le Service Social International, UNICEF, et mon ami Nigel Cantwell. Nous y constations en effet trop souvent comment il était relativement aisé de contourner les normes internationales pour rendre des enfants adoptables et cacher leur véritable origine. Manipulation des mères pour consentir à l’abandon, exploitation des zones grises des législations nationales, jonglage entre différents pays pour profiter de leurs avantages sociaux, économiques et législatifs, les moyens sont nombreux pour créer des filiations à tous prix. Le fait que la dimension internationale de la gestation pour autrui ne fasse aujourd’hui encore l’objet d’aucune régulation internationale reste d’ailleurs l’objet d’une profonde préoccupation de la part des défenseurs des droits de l’enfant à travers le monde. « Kidnapping » reste bien sûr une œuvre de fiction, avec ses ressorts dramatiques et ses défauts, mais elle a le mérite d’illustrer ce qu’une certaine forme de « globalisation des modes de filiation » peut engendrer comme dérives, tout en préservant une forme de respect envers la sincérité des différents acteurs concernés.