Le Conseil Fédéral n’aime pas les (droits des) enfants (?)
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Dans son communiqué de presse du 15 avril 2026, le Conseil Fédéral annonce vouloir « renforcer les droits de l’enfant » en « confiant à une organisation compétente » « l’élaboration et la mise à disposition de connaissances spécialisées, la réalisation d’analyses sur la mise en œuvre des droits de l’enfant en Suisse, des activités de conseil aux autorités ainsi que la mise en réseau des acteurs concernés aux niveaux communal, cantonal et national ». S’il n’est à première vue pas évident de saisir le sens et l’utilité de ce nouveau « machin », il est plus facile de comprendre ce qu’il ne sera pas. Formellement, cette décision répond à la motion parlementaire intitulée «Service de médiation pour les droits de l’enfant », qui demandait la mise en place d’un bureau de médiation « indépendant de l’administration », « aisément accessible aux enfants et aux jeunes de moins de 18 ans de toute la Suisse ainsi qu’à leurs proches », « chargé d’informer et conseiller les enfants concernant leurs droits » et de garantir (…) « l’accès de l’enfant à la justice ». La création d’un bureau de médiation (aussi appelé ombusdman) dédié aux droits de l’enfant est, en Suisse, un thème lancinant : dès ses premières Observations Finales adressées à la Suisse en 2002, le Comité des Droits de l’enfant déclarait « Le Comité recommande à l’État partie de créer une institution fédérale des droits de l’homme indépendante, conformément aux Principes de Paris (résolution 48/134 de l’Assemblée générale) concernant le statut des institutions nationales pour la promotion et la protection des droits de l’homme, chargée de surveiller et d’évaluer les progrès dans le domaine de la mise en œuvre de la Convention. Elle devrait être accessible aux enfants, habilitée à recevoir des plaintes relatives à la violation des droits de l’enfant, à procéder à des enquêtes en ménageant la sensibilité des enfants et à traiter les plaintes dans de bonnes conditions d’efficacité ». Dans son rapport « Création d’un bureau national de médiation pour les droits de l’enfant en Suisse : document de référence » publié en 2020, la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse concluait quant à elle que « la mise en place d’un bureau de médiation pour les droits de l’enfant au niveau fédéral apporte la plus-value permettant de combler les lacunes actuelles et d’assurer l’indispensable cohérence d’action nationale et internationale ». Malgré ses engagements internationaux et contre l’avis des experts, le Conseil Fédéral s’obstine donc à refuser la création d’un tel bureau, aux motifs irrecevables de « la situation financière délicate que traverse la Confédération » (le compte consolidé de la Confédération présente un excédent de 9,5 milliards de francs en 2025) et de la prétendue compétence cantonale en la matière (on voit mal comment les cantons pourraient se charger d’un projet d’envergure nationale). Même s’il a consenti à quelques avancées depuis la ratification de la Convention relative aux droits de l’Enfant, le Conseil Fédéral semble figé dans une posture de « consensus mou » lorsqu’il s’agit de droits de l’enfant. Qu’il s’agisse par exemple de protéger les jeunes d’une utilisation néfaste des réseaux sociaux, question sur laquelle il demeure « réticent », malgré les recommandations claires d’UNICEF-Suisse ; ou encore de constater que la « législation en vigueur prend suffisamment en considération le bien de l’enfant dans les domaines de l’asile et des étrangers » (contrairement aux conclusions des experts mandatés qui soulignent que « l’évaluation et la détermination de l’intérêt supérieur de l’enfant lors de l’établissement de l’état de fait, l’implication de l’enfant dans la procédure et la prise en compte de la perspective de l’enfant dans la décision » restent problématiques), l’exécutif national reste toujours en retrait. Cette absence de vision globale et de stratégie nationale en faveur d’une mise en œuvre complète et cohérente des droits de l’enfant dans notre pays est pourtant dénoncée depuis longtemps et par de nombreux acteurs. Il demeure difficile de saisir les raisons profondes qui empêchent le Conseil Fédéral d’adopter une position forte et engagée en faveur la part la plus vulnérable de la population. Illustration : les membres du Conseil Fédéral en balade en petit train à Estavayer-le-Lac le 22 avril 2026. Capture d’écran RTS